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L'enfance qui résonne...

14 sept.
5 min de lecture

Ce que l'enfant en nous continue de dire dans nos histoires d'amour.


On croit choisir librement qui l'on aime. On croit aussi, en général, que nos colères, nos jalousies ou nos silences appartiennent au présent, à cette dispute précise, à ce partenaire précis. En écoutant des couples raconter leurs impasses, je peux vous dire une chose qui surprend presque toujours : ce n'est presque jamais vrai.


Ce qui parle, dans une dispute qui dérape, ce n'est que rarement l'adulte de trente cinq ans debout dans la cuisine. C'est souvent un enfant de six ou sept ans, resté quelque part en nous, qui a simplement trouvé un micro pour se faire enfin entendre.


L'attachement, cette langue maternelle qu'on ne choisit pas.


Bien avant de savoir aligner deux mots, un bébé parle déjà une langue extrêmement précise : celle du corps, du regard, de la présence ou de l'absence. Est ce que je peux compter sur toi. Est ce que le monde répond quand j'ai besoin de lui. Ces questions muettes, posées des milliers de fois durant les premières années, finissent par former ce que les spécialistes de l'attachement appellent un style relationnel : sécure, anxieux, évitant, ou parfois un mélange assez inconfortable des deux derniers.


Rien de tout cela n'est une fatalité inscrite dans le marbre. Mais c'est, très concrètement, le logiciel de base avec lequel on entre plus tard dans une relation amoureuse. Et comme tout logiciel ancien, il tourne souvent en arrière plan, sans qu'on lui ait rien demandé.


Une soirée ordinaire, un embrasement qui ne l'est pas.


Prenons Julien. La quarantaine, cadre plutôt posé au travail, du genre à garder son calme même en réunion difficile. Un soir, sa compagne rentre en retard sans prévenir. Rien de dramatique en apparence. Pourtant, quelque chose se déclenche en lui d'une violence disproportionnée : le ton monte, les reproches s'accumulent, il finit par lâcher une phrase qu'il regrettera une heure plus tard.


En thérapie, on a fini par remonter le fil. Julien a grandi avec une mère dépressive, souvent injoignable émotionnellement, parfois absente plusieurs jours sans explication. Le petit garçon qu'il était avait appris une chose essentielle pour survivre à cette incertitude permanente : ne jamais être pris au dépourvu, toujours anticiper le pire pour ne plus jamais être surpris par l'abandon. Trente ans plus tard, un simple retard réactive exactement ce même signal d'alarme. Ce n'est pas sa compagne que Julien punit ce soir là. C'est l'absence qu'il n'a jamais pu punir enfant.


C'est précisément ce que travaille la thérapie centrée sur les émotions, souvent désignée par le sigle TCE : aider la personne à identifier l'émotion primaire, souvent la peur ou la tristesse, qui se cache derrière l'émotion secondaire, plus visible et plus bruyante, comme la colère. Une fois cette émotion primaire nommée, elle perd une bonne partie de son pouvoir explosif.


Ce que la TCC et la PNL ajoutent à la compréhension.


Là où la lecture psychodynamique nous aide à comprendre l'origine d'un schéma, les thérapies cognitivo comportementales, plus connues sous le nom de TCC, s'intéressent surtout à ce qui se passe ensuite, ici et maintenant. Quelle pensée automatique traverse l'esprit de Julien à l'instant précis où la porte reste close. Probablement quelque chose comme "elle ne pense pas à moi" ou "je ne compte pas vraiment". Cette pensée, la plupart du temps totalement inconsciente et jamais interrogée, déclenche à elle seule la vague émotionnelle qui suit. Travailler en TCC consiste justement à intercepter cette pensée avant qu'elle ne prenne toute la place, à la questionner, à en tester la solidité réelle.

La programmation neuro linguistique, quant à elle, s'intéresse davantage aux représentations internes : quelles images, quels sons intérieurs, quelles sensations physiques accompagnent ce moment de bascule émotionnelle. Un simple ancrage, une technique de recadrage, ou un travail sur la sous modalité d'un souvenir douloureux peuvent, dans certains cas, désamorcer une réaction devenue quasiment automatique depuis des décennies.


Trois approches, trois angles différents, une même conviction au fond : ce qui semble venir de nulle part vient presque toujours de quelque part, et ce quelque part peut être identifié, compris, puis transformé.



Il y a une question que j'entends très souvent en cabinet, formulée à peu près toujours de la même façon : pourquoi est ce que je retombe systématiquement sur le même type de partenaire, alors que je m'étais juré que plus jamais.


La réponse tient en un concept que la psychanalyse a nommé la compulsion de répétition. Notre psychisme a une préférence étrange, presque contre intuitive, pour le familier plutôt que pour le confortable. Il va parfois choisir, sans en avoir la moindre conscience, une relation qui recrée les conditions émotionnelles de l'enfance, dans l'espoir secret de réussir cette fois ce qui avait échoué autrefois. Obtenir enfin la disponibilité, la reconnaissance ou la sécurité qui avaient tant manqué.


Vu sous cet angle, on ne tombe presque jamais amoureux totalement par hasard. On choisit, sans le savoir, la personne la mieux placée pour rouvrir une ancienne blessure, avec l'espoir, cette fois, de la refermer pour de bon.


Sortir du pilote automatique, sans se juger.


La bonne nouvelle, et elle est solide, c'est que rien de tout cela n'est figé. Le cerveau conserve toute la vie une capacité de changement que les neurosciences appellent la neuroplasticité. Un schéma appris peut être désappris. Une réaction automatique peut, avec du travail, devenir un choix conscient.


Concrètement, plusieurs leviers permettent d'avancer.


Premièrement, apprendre à repérer le schéma pendant qu'il se joue, plutôt que de le comprendre seulement après coup, une fois les mots blessants déjà prononcés.


Deuxièmement, séparer clairement ce qui appartient au présent de ce qui appartient au passé : la personne en face de soi n'est ni un parent absent ni un parent envahissant, même si elle appuie parfois exactement sur la même zone sensible.


Troisièmement, réapprendre à exprimer un besoin sans devoir mendier, et à poser une limite sans avoir besoin de fuir. C'est très exactement ce que l'on appelle évoluer vers un attachement plus sécure, un chemin accessible à tout âge, contrairement à une idée reçue tenace.


Et enfin, accepter de se faire accompagner quand le schéma résiste, en thérapie individuelle, en thérapie de couple, ou à travers un travail combinant TCC, TCE et PNL selon ce qui convient le mieux à chaque histoire. Un regard extérieur, formé et bienveillant, voit souvent en quelques séances ce qu'un couple ne parvient plus à voir seul après des années de mêmes disputes.


Aimer enfin en adulte.


Il existe un instant particulier, en thérapie, que je ne me lasse pas d'observer. Celui où une personne comprend soudain que ce qu'elle réclamait avec tant d'insistance à son partenaire n'avait, en réalité, presque rien à voir avec lui. C'était une réparation qu'elle cherchait, adressée par erreur à la mauvaise personne, au mauvais siècle.


Comprendre son enfance n'a jamais eu pour but d'excuser ses parents ni de leur jeter la pierre. Il s'agit simplement de reprendre les clés de sa propre maison intérieure, longtemps confiées à quelqu'un d'autre sans qu'on l'ait vraiment décidé.


Aimer en adulte, c'est peut être exactement cela : regarder l'autre pour ce qu'il est réellement, et non plus pour tout ce qu'il représente, malgré lui, de ce qui nous a manqué autrefois. La thérapie ne réécrit pas le passé. Elle offre quelque chose de bien plus utile au quotidien : la possibilité de cesser, enfin, de le rejouer en boucle.





Thérapie de couple, accompagnement relationnel, sexothérapie, love coach, amour, libération émotionnelle, séparation

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