"Tant que vous ne rendrez pas l'inconscient conscient, il dirigera votre vie et vous appellerez cela le destin" Carl Gustav Jung, fondateur de la psychologie ananlytique.
Dernière mise à jour : 10 sept.
Quand l'inconscient écrit notre histoire à notre place.
Il y a des phrases qui claquent comme une gifle salutaire. Celle-ci en fait partie : "Tant que vous ne rendrez pas l'inconscient conscient, il dirigera votre vie et vous appellerez cela le destin." Carl Gustav Jung, le fondateur de la psychologie analytique, n'y allait pas par quatre chemins. Et pourtant, presque un siècle plus tard, cette idée résonne encore avec une justesse troublante dans nos cabinets de thérapie.
Combien de fois ai-je entendu, en séance : "C'est toujours pareil avec moi, j'attire les mêmes types de partenaires" ? Ou encore : "Je ne comprends pas, j'ai l'impression que le malheur me poursuit" ? Derrière ces phrases, il y a souvent une résignation tranquille. Une sorte de fatalisme confortable, presque rassurant. Parce qu'au fond, croire au destin, c'est parfois plus simple que de se regarder en face.
L'inconscient, ce chef d'orchestre que l'on refuse d'écouter.
Imaginez un instant votre psychisme comme une maison. Le conscient, c'est le salon : lumineux, présentable, celui qu'on montre aux invités. L'inconscient, lui, c'est la cave. On y a entassé, sans trop y penser, les émotions refoulées, les blessures d'enfance, les croyances qu'on nous a transmises sans notre accord ("l'amour, ça fait souffrir", "je ne mérite pas mieux", "il faut se sacrifier pour être aimé"). Et cette cave, contrairement à ce qu'on aimerait croire, n'est jamais totalement silencieuse.
Elle parle. Elle agit. Elle sabote, parfois, sans prévenir.
C'est exactement ce que Jung pointait du doigt : ce que nous n'intégrons pas consciemment ne s'évapore pas, il se rejoue. En thérapie, on appelle ça la répétition. En amour, on l'appelle plus cruellement "la poisse". Mais la poisse n'existe pas vraiment; il y a des scénarios psychiques qui tournent en boucle, tant qu'on ne prend pas la peine de les identifier.
Un exemple qui parle à presque tout le monde.
Prenons Claire (le prénom est fictif, la situation ne l'est jamais vraiment). Claire enchaîne les relations avec des partenaires distants, indisponibles émotionnellement. Elle est persuadée d'avoir "un radar à mauvais choix". Sauf qu'en creusant un peu, on découvre un père absent, affectivement en retrait, et une petite fille qui a appris très tôt que l'amour se mérite, qu'il faut le chercher, le quémander presque. Adulte, elle recrée sans le vouloir ce climat familier, pas parce qu'elle aime souffrir, mais parce que l'inconnu fait plus peur que la douleur connue.
Ce n'est pas du destin. C'est de la mémoire inconsciente qui rejoue une partition apprise trop tôt pour être remise en question.
Rendre conscient : le vrai courage, pas le confort.
Voilà où ça devient intéressant, et franchement, un peu vertigineux : prendre conscience de ces mécanismes demande du cran. Ce n'est pas une balade tranquille dans un jardin bien entretenu. C'est plutôt une expédition dans des zones qu'on a soigneusement évitées, parfois pendant des décennies. Et pourtant, c'est aussi, je crois profondément, l'un des actes les plus libérateurs qui soient.
Parce qu'une fois qu'on voit le mécanisme, on ne peut plus faire comme s'il n'existait pas. Le schéma perd de sa toute-puissance. Il ne disparaît pas d'un coup de baguette magique, non, ce serait trop beau. Mais il devient visible, nommable, et donc négociable. C'est précisément le travail que propose une thérapie bien menée : éclairer la cave, pièce par pièce, sans brutalité, avec le rythme qui convient à chacun.
De la fatalité au choix : le vrai sens de la liberté.
Ce que j'aime particulièrement dans cette citation de Jung, c'est qu'elle ne culpabilise personne. Elle ne dit pas "c'est de votre faute". Elle dit simplement : tant que vous ne savez pas, vous êtes agi. Une fois que vous savez, vous pouvez agir.
C'est toute la différence entre subir et choisir.
Une personne qui a compris pourquoi elle s'effondre à chaque fois qu'un partenaire prend un peu de distance ne va pas forcément arrêter de ressentir cette angoisse du jour au lendemain. Mais elle va pouvoir se dire : "Ah, voilà, c'est mon scénario d'abandon qui parle, pas la réalité de la situation." Et cette simple nuance change absolument tout. Elle ouvre un espace (minuscule au début, puis de plus en plus large) entre le stimulus et la réaction. Entre ce qui nous arrive et ce que nous en faisons. Et nous trouvons ensuite les solutions en thérapie pour que l'émotion qui provoque la réaction se transforme et s'apaise.
L'individuation : devenir enfin l'auteur de sa propre histoire.
Jung appelait ce processus l'individuation : le chemin qui consiste à devenir pleinement soi-même, en intégrant ses parts d'ombre plutôt qu'en les fuyant. Ce n'est pas un aboutissement, plutôt une direction. On n'a jamais "fini" de se connaître, et tant mieux, d'ailleurs, sinon la vie serait un peu monotone.
Ce que je constate, dans mon accompagnement de couples et de personnes en quête de sens dans leurs relations, c'est que ce travail change littéralement la donne. Les personnes qui font l'effort de rendre conscient ce qui les gouvernait en secret rapportent presque toutes la même chose : un sentiment de légèreté, comme si elles posaient enfin un sac qu'elles portaient sans même s'en rendre compte.
Le destin, finalement, n'est peut-être qu'un mot que l'on invente pour ne pas avoir à se regarder. Mais dès l'instant où l'on ose ce regard (avec douceur, sans jugement, accompagné si besoin par une thérapie adaptée) on cesse d'être les marionnettes d'un passé non digéré. On devient, tout simplement, les auteurs de notre propre vie.
Et ça, c'est une bien plus belle histoire à écrire.





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