"L'amour n'est pas quelque chose de fait une fois pour toutes, c'est... un acte incessant de création" Erich Fromm, Sociologue et Psychanalyste américain.
Dernière mise à jour : 30 sept.
L'amour n'est pas un souvenir, c'est un chantier permanent.
Il y a une phrase que j'entends presque chaque semaine, dans des variations infinies, mais toujours avec la même tristesse dans la voix : "On a perdu quelque chose. Ce n'est plus comme au début."
Je comprends cette douleur, sincèrement. Mais je dois avouer qu'elle repose, la plupart du temps, sur un malentendu assez profond. On ne perd pas l'amour comme on égarerait un trousseau de clés quelque part entre le canapé et la voiture. On cesse, tout simplement, de le fabriquer.
L'amour, ce n'est pas un capital, c'est un geste répété.
Erich Fromm l'a formulé avec une justesse qui, des décennies plus tard, continue de me bouleverser en séance : l'amour n'est pas quelque chose qu'on obtient une bonne fois pour toutes, mais un acte incessant de création. Une phrase qui pourrait sembler exigeante, presque fatigante à première lecture. Et pourtant, en la retournant dans tous les sens, on y trouve surtout une formidable bonne nouvelle.
Parce que si l'amour était un capital, une fois acquis puis figé, alors sa disparition serait effectivement une fatalité, une perte sans retour possible. Mais s'il s'agit d'un acte, quotidien et renouvelé, alors rien n'est jamais définitivement joué. On peut toujours recommencer à créer, même après des années de silence, même après une période un peu terne. Ce n'est pas franchement réconfortant sur le moment, je l'admets, mais c'est infiniment plus porteur d'espoir à moyen terme.
Pourquoi le cerveau adore l'illusion de l'acquis.
Il existe une explication assez simple à cette tendance à croire l'amour définitivement installé une fois la relation stabilisée. Notre cerveau, biologiquement, adore l'économie d'énergie. Une fois qu'une situation semble sécurisée, il cesse naturellement d'y porter une attention active, un peu comme on arrête de vérifier consciemment si une porte est bien fermée après l'avoir claquée mille fois de la même façon.
C'est très utile pour conduire une voiture sur un trajet familier. C'est beaucoup plus problématique appliqué à une relation amoureuse. Parce que l'amour, contrairement à la plupart des habitudes automatiques, a justement besoin de rester un minimum conscient pour continuer d'exister pleinement. Un couple qui ne se choisit plus activement finit, tôt ou tard, par simplement cohabiter.
Créer l'amour au quotidien, concrètement.
Recréer l'amour ne demande pas nécessairement de grands bouleversements. C'est même souvent l'inverse qui fonctionne le mieux : des gestes modestes, mais répétés avec une réelle intention.
Cela commence par une communication qui ose sortir du factuel pur, du planning des enfants et des courses à faire, pour retrouver un peu de curiosité sincère envers l'autre. Cela se poursuit par une manière différente de traverser les désaccords : non plus chercher à gagner un conflit, mais accepter de rester en lien même dans l'inconfort, ce qui demande, il faut bien le dire, un vrai courage relationnel.
Par exemple, Camille et Thomas peuvent avoir passé leur soirée à se reprocher leurs manières respectives de communiquer. Chacun campe sur sa position. Puis, quelques heures plus tard, l’un des deux peut simplement dire : « Je suis encore en colère, mais je n’ai pas envie que nous terminions cette journée comme ça. Est-ce qu’on peut essayer de se parler autrement ? ». Ce n’est pas spectaculaire. Mais c’est exactement cela, créer du lien.
Cela passe aussi par une bienveillance renouvelée, qui ne tient pas pour acquis les qualités de l'autre, mais continue de les nommer, de les remarquer, de les apprécier à voix haute.
En thérapie de couple, j'observe que les partenaires qui s'en sortent le mieux ne sont pas ceux qui ont eu le moins de tempêtes. Ce sont ceux qui ont accepté de continuer à se choisir, activement, après chaque tempête. Un choix, et non une évidence automatique.
L'amour comme œuvre en cours, jamais terminée.
Il y a quelque chose de profondément apaisant, une fois qu'on l'accepte vraiment, dans l'idée que l'amour ne soit jamais définitivement acquis. Cela retire toute la pression un peu écrasante de devoir "réussir" une bonne fois pour toutes une relation, comme on réussirait un examen, avec un résultat figé à vie.
À la place, cela ouvre un espace beaucoup plus vivant : celui d'une création continue, imparfaite par nature, faite d'essais, d'ajustements, parfois de ratés, et de recommencements. Une œuvre qu'on façonne à deux mains, jour après jour, sans jamais poser le dernier coup de pinceau.
Créer l'amour, ce n'est donc pas viser un état parfait à atteindre puis à conserver sous cloche. C'est accepter de se choisir encore, et encore, avec la même personne, mais jamais tout à fait de la même manière. C'est précisément ce que la thérapie de couple permet de réapprendre : non pas retrouver un amour d'hier, mais avoir le courage d'en créer, ensemble, une version toujours nouvelle.





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